Pensées de 2019

2019-01-18 • Agilité

Cette semaine a débutée par deux journée dans les bois avec des températures qui n’ont pas dépassées les -18°C. C’était « frète » comme on dit par ici. Heureusement, j’ai passé une nuit dans un refuge que j’ai fait passer de -9°C à 32°C (!) en 3 heures grâce au poêle, le contraste était assez saisissant. Cela m’a permis d’avancer sur mon projet de couture avec un sprint de… 5 heures non-stop, vive l’hiver ! Aussi, j’ai vu le premier arc-en-ciel circulairehalo de ma vie <3

Mon atelier de couture portable
Atelier de couture portable, ça manque un peu de lumière malgré le réflecteur/pare-vent du réchaud à bois.

C’était aussi l’occasion de réfléchir à l’agilité et à ce que ça voulait dire de promouvoir certaines pratiques dans l’objectif de me diversifier (plus à venir là-dessus). J’en suis ressorti avec la définition suivante :

Agilité (n.f.) : prendre le temps de communiquer.

Tout est là, ce qui a pour conséquence possible de comprendre son équipe, d’avoir de l’empathie pour ses utilisateur·ice·s, de partager avec ses pair·e·s dans le but de proposer des trucs pertinents. La communication c’est l’inefficacité qui permet l’horizontalité.

Sans communication on a besoin de hiérarchie.

Tronc enneigé
Un développeur full-stack bien chargé.

Et en parlant de ce qui pousse sur les arbres :

In other words, the ethical alternatives will not grow on trees. They must be funded. And given that they cannot and will not be funded by the same interests that created the problem to begin with (venture capital), we need alternative, ethical funding to create alternative, ethical infrastructure. The technological infrastructure of our societies must be funded from the commons, for the common good. And that requires political will and a system that’s not institutionally corrupt. Neither of which we have today.

Baby steps (cache)

Aral Balkan essaye beaucoup de choses, à petits pas, et les partage sur son espace. J’aime ça. Il y a une super cagnotte à laquelle on participe (presque) tous et qui nous permet (presque) tous d’en profiter aussi. Indice : ce n’est pas le loto. Quels outils (et données) pour rendre transparente son attribution ? Quels algorithmes politiques (pléonasme) pour influer sur cette répartition ?

I wish there were a clever marketing name for no-cookies/no-JavaScript sites. It should be a trend.

While the industry is focused on SSL everywhere, we’re not looking at the other half of surveillance tech.

NetNewsWire Privacy Policy (cache)

Brent Simmons nous rappelle que de sécuriser une connexion pour cacher ce que l’on fait et que ça ne soit consigné que par le destinataire… pour être ensuite revendu en arrière plan est complètement incohérent. De là à dire que HTTPS encourage les monopoles, la centralisation et les inégalités, il n’y a qu’un troll. J’assume.

Via keybase je découvre stellar qui revendique « No forks, no energy-wasting, and no unfair staking » pour des transactions monétaires. Je n’ai pas les compétences pour lire le papier blanc (cache, PDF 200Ko) mais ça semble prometteur. Enfin des micro-paiements en 2019 ?

Arbre givré
Quand on me demande si j’ai eu froid.

J’ai pas mal de conseils pour le grand froid. Ce qui est capital c’est la gestion de l’eau. On a beau être littéralement entouré d’eau (neige), on peut en arriver très vite à être déshydraté sans pouvoir remédier à cela rapidement. Ma stratégie actuelle, c’est d’avoir un petit thermos sur moi (effet bouillotte + ça aussi ça gèle au bout d’un moment !) d’eau ou infusion brûlante. Je rempli le capuchon/verre de neige et je complète avec l’eau chaude, ça me double la quantité de liquide ingérable avec la possibilité de boire une boisson chaude en cas de besoin. Aussi, c’est la saison où il faut piétiner sa barre énergétique avant de l’ouvrir au risque de se casser les dents…

Nous gagnerions à mieux maîtriser la quantité produite et à mieux comprendre ce qui est fait de nos déchets, ainsi que l’énergie dépensée à les trier, les enfouir, les incinérer. Nous gagnerions à connaître le coût environnemental de toute l’affaire, depuis la fabrication des sacs en plastique immonde jusqu’à l’incinération d’une matière qui a en tout et pour tout servi quelques heures, au mieux quelques jours. Nous gagnerions à retrouver le pouvoir de prendre du recul sur ce que nous produisons.

La ville et ses déchets (cache)

Marie-Cécile Paccard partage son chemin de résilience à travers des notes. À Montréal la ville offre à chaque résident deux bacs : un petit à mettre dans sa cuisine et un plus gros pour stocker en attendant que le camion dédié passe une fois par semaine. Au printemps, il y a une distribution publique de compost pour boucler le cycle et enrichir les jardins locaux. Je ne sais pas quel coût cela représente, j’ai l’intuition que le retour sur investissement global est positif.

You probably had several great things you wanted to do, but had to pick just a few of them. If so, then consider thinking of it from a place of celebration.

Instead of feeling regret over what you didn’t do, celebrate what you did do.

Regret vs Celebration (cache)

This. Tiens, et si je rédigeais mes intentions annuelles ?

Soleil à travers les arbres
Au bout du tunnel neigeux, la lumière.

Fermer de temps en temps les portes et les fenêtres de la conscience ; demeurer insensibles au bruit et à la lutte que le monde souterrain des organes à notre service livre pour s’entraider ou s’entre-détruire ; faire silence, un peu, faire table rase dans notre conscience pour qu’il y ait de nouveau de la place pour les choses nouvelles, et en particulier pour les fonctions et les fonctionnaires plus nobles, pour gouverner, pour prévoir, pour pressentir (car notre organisme est une véritable oligarchie) voilà, je le répète, le rôle de la faculté active d’oubli, une sorte de gardienne, de surveillante chargée de maintenir l’ordre psychique, la tranquillité, l’étiquette. On en conclura immédiatement que nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourrait exister sans faculté d’oubli.

Généalogie de la morale, Nietzsche

2019-01-11 • Métaphores

Une semaine de reprise avec un gros projet de couture qui me prends beaucoup de temps. L’ambition est grande pour un débutant puisqu’il s’agit d’ajouter des poches à un sac, si ça pouvait au moins être fonctionnel ce serait déjà pas mal. C’était aussi le début de la saison de ski de fond sur le Mont-Royal !

Je veux démontrer que les zombies sont la parfaite illustration de ce que Marx nomme « pulsion enrichissement » et « pulsion d’accumulation », toutes deux se résumant par ce qui pousse au « toujours plus ».

Pourquoi les Zombies sont-ils si affamés ? Des mort-vivants entre psychanalyse et économie politique (cache)

Du sens des mots, notamment pour les traductions. Où l’on en vient à voir des loup garous capitalistes dans les écrits de Marx qui ont faim de surtravail. Et de le transmettre à leur tour. Ce qui me fait rebondir sur un tweet. J’ai lu ce gazouillis de Tara Vancil pendant mes vacances et il ne cesse de résonner (au passage, elle cherche du boulot) :

I can’t stop thinking about the dude who said all the best coders he knows spend the holidays hacking

I’ve spent the past few days busting my butt preparing for Christmas. Cooking, baking, etc. Haven’t had time to touch my computer.
Meanwhile @pfrazee’s been busy hacking...not bc he doesn’t want to help, but he doesn’t know how. He wasn’t taught to cook, clean, or wrap gifts

Maybe those programmers have time to hack over the holidays because their mothers, wives, sisters, and girlfriends are busy making sure they have a nice holiday?

Tara Vancil sur Twitter

L’open-source cacherait-elle surtout un travail effectué par des femmes de l’ombre ? Le graphe des contributions Github est forcément l’anti-graphe d’une attention (non) portée ailleurs. Aider ses pairs, négliger ses paires. N’est-on pas condamnés à reproduire le même schéma avec les communs ?

En parlant d’aider ses pairs, deux petite pépites cette semaine avec ce gabarit pour créer un livre papier ou numérique et un moyen de raconter des histoires de manière cartographiée (voir aussi StoryMap à ce sujet).

Il en est une autre d’histoire qui m’intéresse en ce moment :

La politique indigène des États-Unis, bien que souvent qualifiée de raciste ou discriminatoire, est rarement présentée pour ce qu’elle est : un cas d’école d’impérialisme et d’une forme particulière de colonisation — la colonisation de peuplement.

[…]

Écrire l’histoire des États-Unis telle que les peuples indigènes la vécurent requiert de penser à neuf le récit national. Ce récit est faux ou déficient, non dans le détail des dates et des faits, mais dans son essence même.

Contre-histoire des États-Unis, roxanne dunbar-ortiz

Revoir ses croyances aux yeux des oppressés. Christophe Colomb ou Jacques Cartier non pas comme des héros mais comme les fers de lances de génocides passés sous silence. La où le capitalisme passe, l’altérité trépasse.

Finally, I believe that the core of this bio/socio/psycho/spiritual collapse is a metacrisis of relationship, it’s about how I relate to the different parts of myself, to other people, and to all the other creatures, life, spirit, etc on this planet. If that’s true, then my response must be relational first. This article is written in the first person singular: it’s all I, I, I. That’s a stylistic choice for creative freedom. However, that language obscures the reality that all of this action is conducted in the first person plural: there is always a “we” acting together, me and others.

Courage Before Hope: A Proposal to Weave Emotional and Economic Microsolidarity (cache)

Comment faire le moins de dégâts possibles lorsqu’on possède un handicap relationnel ? Peut-être que cela réside dans l’absence de faire justement. Prendre encore davantage de recul. Ou abandonner, se retourner et avancer pour une fois. Aller s’enfermer volontairement, loin. Seul ?

Le jour où l’effondrement aura lieu, d’où qu’il vienne, il faudra commencer par donner à manger à tout le monde. Un supermarché classique dispose d’environ trois jours de stock alimentaire, et ce jour-là, on sera bien contents d’avoir cultivé les friches encore disponibles en zone rurale. Et si la catastrophe n’arrive pas, rejouons le pari de Pascal : au pire, ces journées passées face à la montagne à couver du regard de jeunes plants, à tisser la serre de fils solides en prévision des pluies, à partager quelques amandes et des astuces de jardiniers les pieds dans la gadoue, n’auront pas été vains. Ces moments rincent l’âme, et nous rappellent que nous sommes des Terriens.

Les jardins nourriciers coopèrent pour surmonter l’effondrement (cache)

Mais avant il faut que je termine de lire tous ces onglets…

2019-01-04 • Balbutiements

Tentatives autour d’un format hebdomadaire.

Lost here is the gentle pursuit of a modest competence, the doing of something just because you enjoy it, not because you are good at it. Hobbies, let me remind you, are supposed to be something different from work. But alien values like “the pursuit of excellence” have crept into and corrupted what was once the realm of leisure, leaving little room for the true amateur.

In Praise of Mediocrity (cache)

Pendant que certains se focalisent sur leur santécompétence (en opposition au savoir-faire, voir Lepage (cache)), d’autres proposent des cérémonies d’enterrement de leurs données…

However, do we value them enough to consider funerals for these once beloved traces of our life when they are gone? Through this workshop, participants learnt to use design fiction as a method to explore emerging and speculative rituals helping users to cope with failing data-driven services.

Requiem for a data: imagining speculative rituals to cope with a data loss (cache)

… tout en les publiant sur Medium, ce qui n’est pas sans une certaine ironie mais finalement assez cohérent. À se demander si l’éphémère assumé ne serait pas la seule voie de salut pour accepter ses propres contradictions :

The logic of the camera is that reality is real only to the extent that it is photographable. It pulls individuals out of the moment and makes them see it (and themselves) as an object for the future as well as always already of the past. This seizing of experience’s ephemerality — to possess the present, docile and durable — is what Andreas Kitzmann called a “museal gesture,” what Jean Baudrillard called “museumification,” and what André Bazin called the “mummy complex,” the “need to have the last word in the argument with death by means of the form that endures.” It’s ownership of the present by proxy.

Pics and It Didn’t Happen (cache)

Ce n’est pas pour rien si le logo de Snapchat est un fantôme en effet. Celui de la construction de notre identité. La fuite d’une nostalgie que l’on crée et retrouve avec romantisme d’un côté. Mais aussi les traces d’un chemin permettant de bâtir une souvenance cohérente. De la caverne à la bulle de filtres il n’y a qu’un pas.

L’écran cathodique est une caverne reconstituée dans la mesure où elle fait voir, non pas le monde, mais ses images. Le monde vient à l’homme et non plus l’homme au monde. Dès lors, il acquiert une réalité fantomatique.

Les irremplaçables, Cynthia Fleury

Twitter et consorts n’étant finalement que des Snapchats du texte, tout est question de temps. Un temps dont on ne prend pas soin et ne pas s’en préoccuper consiste peut-être à ne pas se considérer soi-même. Lorsqu’on ne produit que du jetable, on en vient à se considérer comme étant remplaçable.

Autrement dit, le temps s’ouvre sur la nécessité même de l’individuation. Le temps ne délivrera son sens qu’à celui qui poursuit le travail d’individuation. Ce travail fait toute sa liberté. […] Ne pas saisir l’instant pour cheminer vers soi, ne pas articuler le « connais l’instant » avec le « connais-toi toi-même », c’est manquer la possibilité de l’individuation, l’ajourner pour une venue plus improbable encore. Les rencontres avec soi-même sont rares.

Les irremplaçables, Cynthia Fleury

Dans quelle mesure est-ce que ce temps — que l’on ne prends plus le temps de savourer — met à mal notre créativité profonde, faute de tension longue ? C’est l’une des explorations pour cette année, publier moins pour tenter d’articuler des pensées en tentant d’éviter l’écueil facile de la revue de presse aigrie. Manifestement loupé pour cette première, j’accepte l’échec sachant que j’ai encore 51 essais.

Mais là où le travail de l’artiste est de servir de contenant à ces sentiments, de les faire mijoter en ses tréfonds pour mieux les digérer, afin de produire une œuvre, les réseaux sociaux nous invitent à nous en débarrasser aussitôt. Une belle idée ? Aussitôt postée. Une indignation ? Aussitôt postée. Une colère noire ? Aussitôt postée. Nous évacuons sciemment la matière première de notre puissance de création comme nous tirerions la chasse d’eau, sans réfléchir à ce que nous faisons. Les réseaux sociaux comme toilettes des émotions.

Suicide social (ou comment quitter les réseaux sociaux sur un coup de tête) (cache)

Toujours intéressant de lire ces retours qui se préoccupent énormément des êtres perdus en tirant la chasse mais parlent peu des personnes à retrouver qui sont déjà passées par là et qui sont maintenant plus légères. Ces articles comme la numérisation du graffiti dans les toilettes : « X a fait caca ici. » Le besoin d’exprimer son détachement pour montrer à quel point l’on était attaché. Se dé-lier pour être en mesure de se re-lier. Comment mailler sans centraliser ?

Le Web permet-il de tisser autre chose qu’une bulle ?

Affiche informative sur la loutre et son caca
Puisqu’on en est à ces considérations, je n’hésite pas à ressortir cette petite pépite… il y en a qui s’amusent bien :-)

Notre idéalisme doit se faire à l’époque dans l’espoir de la transformer. Nous avons connaissance du temps long de l’économie du livre, de la présence imbriquée de ses intermédiaires, des pratiques du milieu littéraire et des attitudes trop souvent boutiquières de ses acteurs, mais nous avons surtout connaissance de la méconnaissance des lecteurs quant à toutes ces questions relatives au livre, à son économie, à son existence numérique et à sa diffusion. En écrivant ainsi « NC » dans notre licence, nous raturons « Non au Capital ». À travers cette vulgarité poussiéreuse, nous voulons éviter les usages de nos contemporains qui se servent de la propriété intellectuelle soit pour maintenir une situation passéiste autour de l’usage classique du droit d’auteur, soit pour assurer une certaine fluidité du marché, volontairement ou non, par l’entremise des licences libres.

Partage (cache)

« Non au Capital ». Non à la capitulation. Non au jetable. Non à la propriété. Non à la destruction des identités.

Mais « oui » à quoi au juste ?