Le bruit et l’odeur

vieux
on ne veut plus de bruit
qui fasse mal
jamais plus
moins à cause du mal
que de la mauvaise qualité
du bruit
le mal n’est plus alors l’apanage
du corps, c’est désormais
le cœur qui assume
le cœur qui récole
le cœur qui subit
et il lui arrive qu’on hurle :
« suffit ! »

vieux
on ne désire
que le silence
des anciens conifères
le silence vertical
le silence des épines gelées
et des fruits secs
si pleins de promesses d’alcool

vieux
on ne sourit plus
qu’aux bruits minuscules

Mon bruit, Normand de Bellefeuille

La référence est terrible et il m’a fallu du temps pour apprécier la pertinence d’une telle communication. Les années passant, je comprends de mieux en mieux l’importance de faire appel à des sens qui s’exacerbent et rendent de plus en plus intolérant. J’ai maintenant du mal à accepter une mauvaise qualité de son. C’est peut-être pire pour une odeur trop forte. Je ne sais pas comment interpréter ces nouvelles sensibilités.

Puisque l’on en est à ce genre de confidences, je m’interroge de plus en plus sur le chaos qui vient et sa théorisation. Quelle place avoir dans cet avenir ? Quels savoirs acquérir en préparation ? Comment transmettre une partie de nos échecs aux générations futures ? De plus en plus tenté d’aller passer du temps en forêt pour méditer là-dessus.

Sentir, entendre, voir ne sont pas des facultés politiquement indifférentes, ni équitablement réparties parmi les contemporains. Et le spectre de ce que perçoivent les uns et les autres est variable. Il est au reste de rigueur, dans les rapports sociaux actuels, de rester à la surface, de crainte qu’un convive ne soit pris de vertige en abîmant son regard en soi-même. Si tout le cirque social dure encore, c’est parce que chacun s’échine à garder la tête hors de l’eau quand il faudrait plutôt accepter de se laisser tomber jusqu’à toucher quelque chose de solide.

Pour la suite du monde - comité invisible (cache)

Et peut-être en revenir encore plus sauvage. En ayant transformé du savoir en connaissance. Pour être ensuite en mesure de convertir des savoir-faire en pouvoir-faire (cache). Toujours ce besoin d’être en capacité.

Ou plutôt de ne pas être en incapacité ?