Naissance de la peur

Qui ne s’est, un jour, interrogé sur la vie ?
Qui ne s’est, une fois, demandé ce qu’elle est ?
Questions trop ambitieuses.
Et sans réponses.
Mais à qui, plus modestement, demande :
« Où la vie commence-t-elle ? Et quand ? »
Une réponse vient, immédiate, aussi simple qu’évidente :
« La vie commence à la naissance. »
Et toute inquiétude disparait.
Évidence ?
La vie commence à la naissance…
Vraiment ?
Dans le ventre…
Dans le ventre de sa mère, l’enfant n’est-il pas déjà vivant ? Ne bouge-t-il pas ?
Sans doute, il bouge. Mais il n’y a là, disent certains, que simple activité réflexe.
Activité réflexe ! Non !
Nous savons aujourd’hui, que, bien avant d’avoir « vu le jour », l’enfant perçoit de la lumière. Et qu’il entend. Et que, de son obscure retraite, il est à l’écoute du monde.
Nous savons même qu’il passe de la veille au sommeil. Et même qu’il rêve !
En sorte que, faire commencer la vie à la naissance, c’est se tromper grossièrement.
Qu’est-ce donc, alors, qui commence quand l’enfant vient au monde ? Qu’est-ce donc si ce n’est la vie ?

Ce qui commence
c’est la peur.
La peur et l’enfant
naissent ensemble.
Et ne se quitteront jamais.
La peur,
compagne secrète,
discrète comme l’ombre
et, comme elle, fidèle, obstinée.
La peur
qui ne nous lâchera
qu’à la tombe
où fidèlement
elle nous aura mené.

Shantala, un art traditionnel, le massage des enfants, Frédérick Leboyer (1976)

Comment l’aider à apprivoiser cette peur ? Lui apprendre à vivre avec, se laisser traverser par la peur dirait Franck Herbert pour qu’il puisse être lui. Rien que lui.

Ces réflexions m’amènent à penser à mes propres peurs, celles qui font mon quotidien et celles qui font mon histoire. De quelles peurs demain sera-t-il fait ? Et peut-on d’ailleurs se préparer à la peur ? Faut-il partager ses peurs pour les diluer ou se propagent-elles pleinement d’un individu aux autres telles des virus ?

Comment le rassurer sans être soi-même rassuré ? Comment lui transmettre optimisme et espoir dans un monde morose et laid ?

Dehors, dedans…
Voilà le monde coupé en deux.
Dedans, la faim.
Dehors, le lait.
L’espace
est né.

Dedans, la faim
dehors, le lait.
Et, entre eux deux
l’absence,
l’attente
qui est indicible souffrance.
Et qui s’appelle
le temps.

Et c’est ainsi
que, simplement
avec l’appétit
sont nés
l’espace
et la durée.

Ibid.

Après l’espace et la durée, il me reste à faire naître en lui le choix. La notion complexe du libre arbitre qui fait de nous des humains. Construisant du beau dans la confiance, créant de la joie dans la spontanéité. Une feuille d’arbre allant s’ajouter à d’autres pour former un tout, une feuille blanche qui s’écrit au présent dans la magie du quotidien. Lui apprendre à utiliser sa peur comme moteur de son émerveillement.