Héritage et immobilier

— Tu n’en as pas marre de payer un loyer ?
— Non, tirade sur la propriété, fléau de cette société.
— Mais pour ton fils ?!!!

La discussion revient souvent donc pour clarifier :

J’espère que mon fils aura hérité de bien d’autres choses pour être autonome, bienveillant et heureux dans la vie. La richesse que je lui propose d’accumuler n’est pas matérielle, elle ne se mesure pas en m², elle n’est pas spéculative non plus. La chose la plus importante dont il a besoin c’est de l’attention et du temps de tendresse disponible.

Pas un tas de cailloux.

Discussion suite à l’article :

Alors,

ben ca n’arrive que très rarement, c’est peut être même la première fois, mais je ne suis pas du tout d’accord avec toi.

Pour moi la notion de propriété c’est :

Jean-Michel Armand, le 2014-08-01 à 15:42

On peut tout contrebalancer et c’est pour cela qu’il est important de comprendre que ce sont des choix de vie et plus encore de philosophie de vie. Plutôt que de se mettre en désaccord, il serait plus intéressant de regarder la discussion sous l’angle de ce choix entraîne cet ensemble de conséquences sans nécessairement les dénigrer.

  • Une notion de stabilité.

La stabilité est un concept qui pour certains sera pris comme un élément mortifère et pour d’autres comme un élément sécurisant pour entreprendre. Cela dépend beaucoup des personnalités.

Ne plus être à ’la merci’ d’un proprio

En étant proprio on est à la merci d’autres contraintes. L’important c’est de les comprendre et de savoir celles que l’on veut choisir. Dans les exemples de contraintes : On est proprio que dans quelques dizaines d’années. La banque est "propriétaire" par le système de la dette. On est à la merci des catastrophes naturelles pour la valeur et la pérennité du bien. Les changements de maison, de zones géographiques, etc peuvent être générateur d’expériences positives aussi. Choix de vie. Donc les deux propositions sont intéressantes.

  • Une notion de réduction de mon empreinte financière.

Ça c’est aussi une autre valeur difficile à considérer. En effet, on peut se dire que c’est un bénéfice sur le long terme. Encore une fois, c’est aussi un pari sur l’avenir. Maladie, changement économique mondial, type de propriété que l’on achète (une maison préformée qui n’aura que peu d’intérêt dans 30 ans), le changement de l’environnement (autoroute, industries, milieu urbain environnant, etc.)

  • Une assurance que je ne réduirais pas le scope des choix de vie possible de ma fille.

En fait si, tout comme le choix de David, le fait de choisir un ensemble de contraintes est une minimisation, une réduction des possibilités pour le futur. C’est un choix esthétique (au sens philosophique). Par exemple, un couple peut espérer vivre jusqu’à 90 ans, si le couple a eu son enfant à 30 ans, cela signifie que la maison est léguée au 60 ans de l’enfant (si l’enfant est seul), soit proche de l’âge de la retraite. Il est également probable que d’ici là cette même personne est déjà des enfants à la vie active âgée de 30 ans. Donc si on parle de transmission de nos jours, il faut plutôt penser petits-enfants et arrières petits-enfants plutôt qu’enfant. Et le coût de la transmission en France est une grosse charge financière, ce qui est normal, mais qui est un sacré boulet pour le futur.

J’ai déjà vécu sur 3 continents (France, Canada, Japon), je ne sais pas où je serais dans le futur. La question viendra au moment venu si je ne meurs pas d’ici là. Maladie, tremblement de terre, tsunami, accidents, … :)

Karl Dubost, le 2014-08-02 à 11:08

Il y a plusieurs débats dans le débat.

Propriétaire ou locataire

C’est avant tout un choix de ce que tu fais avec ton argent, en fonction de ce que tu cherches à accomplir dans ton parcours de vie.

Au regard de ton compte en banque, rembourser 700€ de crédit bancaire ou 700€ de loyer, ça fera -700€ chaque mois sur ton compte. Et il te faudra donc travailler suffisamment pour continuer à bénéficier d’un toit.

Tu peux bien entendu vivre sans toit, mais ça impliquera une vie plutôt nomadique. Auquel cas ne se pose même plus la question d’être propriétaire ou locataire. C’est un choix de vie.

Tu es propriétaire et tu veux aller vivre ailleurs ? Soit : loue/achète ailleurs et vends/reloue à quelqu’un d’autre. C’est quelques tracas lors des transitions mais ça s’arrête là. Tu es locataire et tu veux vivre ailleurs ? Tu résilies ton bail et en contracte un autre.

Dans les deux cas, tu n’es pas libre : tu dois payer pour vivre sous ce toit. Tu dois travailler pour dormir quelque part. Et pour travailler tu dois également bien souvent vivre quelque part (ou alors avoir une boîte postale chez un parent/proche/bureau postal). À une différence près : c’est qu’une fois le crédit payé, tu es bien propriétaire et t’acquittes seulement des taxes concernées.

Un CDD c’est plus de liberté qu’un CDI ? Aucun des deux n’apporte plus de garanties que l’autre. La location n’apporte pas plus de liberté qu’une propriété.

Transmission par héritage

L’indivision rend les choses compliquées. Si tu lis des histoires sur le bail unique de colocation, ou sur le régime de la communauté de biens dans le cadre du mariage, tu verras émerger les mêmes patterns : les conditions de départ ne font pas les conditions d’arrivée. Et à chaque fois, c’est la dépendance/difficulté de s’affranchir d’un monolithe qui est difficile, et coûteux, en temps, en émotions.

Soit tu décides de léguer le bien à une seule personne, soit tu constitues une SCI à laquelle appartiennent les héritiers. L’occupant de la maison loue à la SCI, et si le propriétaire décède, le futur occupant de la maison paiera à son tour le loyer.

On est d’accord qu’en fin de compte, avoir deux enfants et un seul bien immobilier, c’est beaucoup d’efforts pour le conserver. Autrement, pas d’attachement émotionnel : vente au décès du propriétaire, et le produit de la vente est réparti équitablement entre les héritiers désignés.

Liberté vs. Autonomie

Après avoir un peu trotté dans la montagne ces derniers jours, je pense que la véritable autonomie débute quand tu peux réduire ta dépendance à des obligations qui régulent ton rythme de vie.

Si dans 5 ans j’ai payé mon crédit, j’ai également réduit ma dépendance au travail pénible, au travail pour manger, au travail pour le travail. Si dans quelques dizaines d’années j’ai transmis mon toit à mon ou mes enfants, c’est pour leur réduire la dépendance au travail pénible, et leur permettre de trouver leur propre voix vers leur autonomie,

Idéalement t’as pas besoin de plus d’une propriété par tête de pipe. Si tu as en davantage et en vit, là tu es un riche capitaliste : ton argent ne vient plus de la force de ton travail mais de celui de ton capital. Et c’est autre débat ;-)

Le temps dégagé du travail-nourriture, c’est le temps à apporter au travail-utile. Si dans 5 ans j’ai payé mon crédit, et ne nécessite qu’un mois de travail-nourriture pour payer mes taxes à la société, ça veut dire que j’ai 11 mois de travail-utile pour apprendre, transmettre et contribuer.

Et c’est ça qu’on vise en fin de compte, cette autonomie.

Thomas Parisot, le 2014-09-03 à 19:09