Pensées de coureur

Bruno a récemment posté un lien sur IRC relatif aux pensées des coureurs dans lequel je ne me retrouve pas du tout. J’ai donc essayé de me prêter au jeu de faire une liste sous le même format reflétant mes réflexions cadencées :

  1. je pars dans quelle direction aujourd’hui ?
  2. tiens ce chemin a l’air cool, je le prends ? oui, non, peut-être, allez oui
  3. j’essaye de forcer ou pas ? pourquoi faire ? et ta VMA !
  4. la lumière est sublime, pourquoi je n’ai pas pris un appareil photo ?
  5. je suis en forme pour partir loin, pourquoi je n’ai pas pris de l’eau et un gel ?
  6. qu’il est bon de partir sans rien et de profiter de ce moment
  7. zut, j’ai dérangé une buse et elle s’est stupidement reposée sur mon passage
  8. pourquoi je m’obstine à courir dans cette montée ?
  9. est-ce que j’échange plus d’un « bonjour » avec la prochaine personne que je double ?
  10. maudits soient les possesseurs de mini-motos.
  11. ce ragondin m’a foutu la trouille en se jetant à l’eau sous mes pieds…
  12. par quel côté j’aborde ce chien qui court vers moi en aboyant ?
  13. pfiou, j’ai eu chaud.
  14. vivement le retour pour avoir le vent dans le dos
  15. si je croise une personne en difficulté, est-ce que je serai toujours en mesure de l’aider avec mon état de fatigue ?
  16. tiens le chant du crapaud m’indique qu’il est tard, j’aurais dû prendre une frontale
  17. ouch, ces petits cailloux font super mal, je passe dans l’herbe, argh c’est pire…
  18. qu’est-ce que je vais bien pouvoir manger en rentrant ?
  19. vérifie ta cadence, tu cours de plus en plus mal avec la fatigue
  20. j’étais en forme aujourd’hui, presque assez pour suivre Kilian au lendemain d’un UTMB !

J’ai gardé les réflexions qui reviennent régulièrement et qui ne sont pas trop personnelles. Et vous ça ressemble à quoi vos entrainements ? :-).

Discussion suite à l’article :

Il est assez courant de lire ce types de pensées plutôt masochistes du lien partagé par Bruno, où la course se résume à une punition, une souffrance infligée à son corps, une compensation. Matthew Inman avait écrit et dessiné sur les raisons qui le poussent à courir et il avoue clairement être dans la compensation. La course lui permet de justifier un mode alimentaire hypocalorique et une vie numérique sédentaire. Elle l’aide à déculpabiliser et à atteindre un autre niveau de conscience, de se sentir libre.

A travers les questions qui traversent ton esprit, on devine que la nature et la sensation de liberté sont partie intégrante de l’activité, et en bon geek que tu es, le matériel et les données te rassurent.

J’ai commencé à courir pour les mêmes raisons que The Oatmeal, pour essayer de compenser une sédentarité moderne, qui au final est nuisible pour mon corps et mon esprit (c’est la même chose). Ne la trouvant pas ailleurs, au début j’ai été cherché de la motivation dans les données. N’étant pas un grand sportif, il était encourageant de constater les progrès réalisés à l’aide des gadgets numériques à notre disposition, à tel point que j’ai fini par en oublier de prendre du plaisir et d’écouter mon corps. Il fallait bien que j’utilise tout cet équipement dans lequel j’avais investi pour rester cohérent.

C’est devenu peu à peu une course à la performance et les seules questions que je me posais étaient mais pourquoi tu te traines autant, allez encore quelques kilomètres, etc. Je me suis mis à souffrir, je me suis blessé, et mon corps a fini par dire stop.

Je n’ai plus couru depuis des mois, et mon bracelet connecté m’indique que je ne pratique plus assez d’activité physique, mon corps se fige peu à peu. Je vais reprendre progressivement la marche et la course, mais uniquement pour le plaisir, pour me sentir vivant et sans me poser de questions.

Franck Taillandier, le 2014-02-01 à 14:12