Mont-Blanc

Jour 1 : Réveil à 7h pour aller prendre le tramway du Mont-Blanc au col de Voza après une courte nuit sous la tente. On aperçoit déjà le refuge du Goûter qui brille tout là-haut, à 3835 mètres d’altitude. L’objectif de la journée est de le rejoindre sans trop forcer — ce qui va s’avérer plus difficile que prévu. Premier stress : essayer de faire rentrer tout l’équipement nécessaire dans mon sac de 22 litres, ça déborde un peu mais je sais que je ne vais pas tenir longtemps en t-shirt. À la descente du tramway au Nid d’aigle (2372 mètres), une longue file ininterrompue se forme pour rejoindre le refuge de Tête Rousse (3167 mètres) que l’on rejoint en mode randonnée classique. Quelques pas sur des névés et on arrive à la difficulté de la journée : le couloir du Goûter — rebaptisé « couloir de la mort » en raison du nombre d’accidents lors de sa traversée. En effet, des pierres dévalent en continu les 500 mètres de couloir qu’il faut traverser. Casques et rapidité sont de rigueur sur un sol qui ne permet pas non plus de courir en raison des chutes de neige de ces derniers jours. Quelques esquives plus tard, il faut maintenant monter jusqu’au refuge en escalade facile (si la roche n’était pas aussi friable). Il me faut quelques minutes pour être à l’aise avec les crampons dans les rochers et faire confiance au matériel. Arrivée au nouveau refuge du Goûter qui se veut être le fleuron de ce que l’on peut faire en matière d’écologie et de technologie. On se retrouve avec une pièce commune qui semble être designée par Ikea, à se demander si l’avenir est à la montagne aseptisée et déshumanisée, au moins ont-ils réussi à insonoriser les lieux ce qui est appréciable lorsque 120 personnes se mettent à table. Grosse sensation de fatigue accumulée sur ces derniers jours, exacerbée par la dernière montée qui a laissée des traces, pas terrible pour partir en confiance le lendemain… heureusement aucune trace de mal aigu des montagnes, il faut croire que la journée d’acclimatation à l’aiguille du Midi a porté ses fruits.

Jour 2 : Réveil à 3h pour un petit déjeuner express, l’ambiance est à l’économie de paroles, de gestes, de souffle. C’est une peu la cohue dans la salle où tout le monde chausse et s’encorde mais ça reste raisonnable. Crampons ajustés, bâtons vissés, corde avalée, c’est parti pour le dôme du Goûter (4304 mètres) à la suite de quelques cordées qui donnent un rythme irrégulier, cassant. Le dôme que l’on apercevait du refuge semble maintenant si loin, et le vent commence à souffler faisant tomber la température aux alentours des -15°C. Difficile entrée en matière, on décide de faire une pause au sommet pour boire un peu et prendre une barre après 1h30 d’effort. Le temps de se refroidir et de constater que la pipette à eau est en train de geler… Petite descente avant d’attaquer la montée vers l’abri Vallot (4362 mètres), les extrémités commencent à geler ce qui m’oblige à faire bouger mes doigts en permanence, l’inclinaison de la pente est telle qu’il faut parfois avancer avec la pointe des crampons en biais mais le soleil réconfortant commence à éclairer l’horizon de manière spectaculaire. On distingue les sommets environnants qui semblent tout petits malgré leurs 4000 mètres. Un coup d’œil vers le haut me permet d’apercevoir l’arrête sommitale, je me retourne vers mon oncle avec un grand sourire : « on va le faire ! ». C’est le moment où la fatigue commence à arriver après 3 heures d’effort dans le froid et l’oxygène se fait de plus en plus rare (45% en moins au sommet du Mont-Blanc). On dépasse quand même quelques cordées ce qui me rassure sur mon niveau de forme. On aperçoit enfin le sommet (4810 mètres), j’avale les quelques mètres de corde qui me séparent de mon compagnon de cordée pour que l’on finisse ensemble et on laisse éclater notre joie avant de se couvrir rapidement car il y a un peu de vent. On savoure ce moment unique en passant une petite heure au sommet, ce qui nous permet de récupérer aussi après 3h30 de montée !

La descente jusqu’au refuge est très agréable, surtout après l’euphorie sommitale, on y fait une pause pour se rassasier un peu et surtout se réhydrater vu que ma poche à eau avait gelée à la montée. Un peu de désescalade pour arriver jusqu’au couloir où l’on profite d’une accalmie dans les chutes de pierres pour passer sans trop de stress. Il est temps de regarder les horaires du tramway pour redescendre, il n’y en a qu’un toutes les 1h40 ! Et le prochain est dans 1 heure, on tente le coup malgré les 800 mètres de dénivelés à se faire. Dur pour les genoux mais on arrive à temps, ouf ! Avec le recul ça aura été le plus fatigant de la journée :p

Vouloir atteindre le sommet du Mont-Blanc est un premier pas dans l’alpinisme. Cela demande une bonne condition physique, une bonne acclimatation, une bonne météo et un peu de chance pour passer le couloir du Goûter sans se prendre un caillou mal placé. Rien d’inaccessible ni de technique et relativement peu de dangers (surtout vu l’affluence) si l’on est correctement équipé et entraîné. Je ne souhaite pas minimiser le risque pour autant d’une telle course et je vous invite à vous faire accompagner d’un guide, d’autant plus si vous souhaitez emprunter une autre voie.

J’ai publié quelques photos de cette ascension.