Ex-patrie

C’est évident comme un grain de sable: plus que la ville ou le pays, c’est moi qui ai changé. Mes goûts, mes envies, mon rythme et mes petites misères.

Mais l’affection est sincère, sans cette maladresse des sentiments digne de réunions d’anciens élèves. Oui, ceux qui n’ont rien d’autre à se dire, rien en commun que quelques blagues surannées et des souvenirs en conserve.

Cette histoire s’écrit au présent.

Je reviendrai.

Tokyo, Juin 2013: Voyage Sentimental, Olivier Thereaux

Je suis revenu du Japon il y a maintenant un an. Et je sens bien que le petit bout de Japon qui était revenu avec moi, en moi, s’amenuise irrémédiablement, se transforme, perd de son authenticité. Les souvenirs s’idéalisent, les relations s’estompent et les sensations vécues ont du mal à être rejouées — même avec des photos. Il manque les sons, les odeurs, les interactions, les non-interactions aussi. Il manque la fraîcheur, la naïveté, les rires et la bienveillance. Il manque Tokyo.

Au loin l’appel d’un quotidien perdu. D’un exotisme non-touristique. D’une vie différente.

Je repartirai.

Discussion suite à l’article :

Émigration ou expatriation ? ;-)

On a peut être l’impression d’y laisser une partie de soi parce qu’au fond, on y a aussi et surtout créé une partie de soi. J’ai l’impression de réapprendre à vivre à l’étranger ; de n’avoir jamais été aussi peu étranger vis à vis de moi-même.

J’imagine qu’on est moins susceptible de s’endormir, de se laisser happer par le confort et la sécurité d’un quotidien qui devient éternité.

On voyage, en nous, et en dehors.

Thomas Parisot, le 2013-07-30 à 12:19

Émigration ou expatriation ? ;-)

qui dans les deux cas fait référence à une origine fixe. Car nous naissons en général

  1. attaché à une nationalité précise
  2. que nous n’avons pas choisie

Il n’est plus possible dans ce monde de naître ou de décider de vivre sans nationalité. Pour ce qui est du nomadisme ou du voyage dans le sens parcours sans destination finale et surtout sans retour à un point précis, il est « possible » d’avoir cette impression par l’enchaînement. Le mien étant pour l’instant

France →1→ Canada →2→ France →3→ Canada →4→ Japon →5→ Canada →6→ (?)

  1. était une aventure (vierge)
  2. était l’illusion d’un retour
  3. était le début d’une vie de voyage
  4. était un désir de poursuivre le voyage
  5. était une obligation administrative
  6. sera la continuité du voyage

Entre 3 et maintenant, 12 ans se sont écoulés.

J’ai mis « possible » entre guillemets car le privilège du voyage est accessible aux gens riches et avec le bon passeport d’origine (une trentaine de pays dans le monde). Les lois sur l’immigration et/ou séjour long terme dans un pays sont un cauchemar. Ajouté à cela une couche de couples avec deux origines différentes et vous avez un bon casse-tête administratif.

Karl Dubost, le 2013-07-30 à 12:41

On a peut être l’impression d’y laisser une partie de soi parce qu’au fond, on y a aussi et surtout créé une partie de soi. J’ai l’impression de réapprendre à vivre à l’étranger ; de n’avoir jamais été aussi peu étranger vis à vis de moi-même.

Je ne comprends que trop bien. Si je dois regretter une seule chose de cette année à l’étranger c’est justement d’être allé un peu trop loin dans l’introspection et pas assez dans… la spiritualité peut-être ?

La spiritualité est le contraire de l’introspection.

L’Esprit de l’athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, André Comte-Sponville

David Larlet, le 2013-07-30 à 21:52