Autoritaire ou coopératif

Il ne s’agit plus du tout de cela, mais bien plutôt d’un choix entre la centralisation ou la distribution, le choix entre un système autoritaire ou un système coopératif.

[…]

Il y a un changement dans le paradigme du pouvoir. Le pouvoir du haut vers le bas, le pouvoir centralisé. La nouvelle génération a une vision complètement différente. La génération Internet ne pense pas entre gauche et droite. Ils ne pensent pas capitalisme ou socialisme. Ces mots ne sont même plus inscrits dans leur vocabulaire. Quand un jeune de la génération internet juge un comportement politique, il pose la question de la manière suivante, que ce soit à un gouvernement, une entreprise, un parti politique ou une école : est-ce que cette institution se comporte de façon centralisée, patriarcale, du haut vers le bas, propriétaire, fermée ? Ou est-ce que cette institution se conduit de façon distributive, collaborative, ouverte, transparente avec des pouvoirs latéraux.

Jeremy Rifkin retranscrit par Pascal Gaillard Du pouvoir vertical au pouvoir latéral…

Dans la théorie, je trouve cela évident. Maintenant lorsqu’il s’agit de le mettre en pratique je deviens sceptique en observant les difficultés que l’on peut déjà avoir à 4 pour changer ce paradigme du pouvoir en étant tous pleinement convaincus de son intérêt. Pour en arriver à affecter la culture et la civilisation comme Jeremy Rifkin l’ambitionne, il va falloir à mon avis énormément de temps (et d’éducation). Or, on manque justement de temps. Et encore, ce n’est pas une mutation mais une création dans notre cas, ce qui s’avère plus facile :

Rachel: GitHub started out flat from the get go. Do you think that in a more traditional structure, people can transition to and ‘go flat’?

Steve: I think it would be difficult to do unless you have a buy-in from everyone on the team. If we had twelve managers and wanted to go flat, we’d have to be like, “So you guys, I don’t know what you’re going to do now. We don’t really need you anymore—.” I don’t know how you’d handle that as a company [laughing].

Steve Smith On Optimizing For Happiness

D’un autre côté, j’ai l’impression que les choses bougent au niveau de la coopération dans l’entreprise. Peut-être est-ce le prisme déformant de mon centre d’intérêt qui me fait découvrir des entreprises et les personnes qui les animent comme Ninja Squad ou Lateral Thoughts mais il est vraiment encourageant de découvrir que cet épiphénomène n’en est peut-être pas un :

Toute entreprise, en tant que système humain organisé autour d’un objectif commun, répond à ces lois relationnelles du vivant qui régissent autant l’infiniment petit que l’infiniment grand. Ainsi, la capacité d’équilibre et d’évolution de l’entreprise repose fondamentalement sur la fluidité de l’information qui circule et la qualité des interactions humaines qu’elle génère.

En outre, et à l’inverse des hiérarchies de contrôle habituelles des sociétés où la règle descend du haut, il s’avère scientifiquement que l’ordre et le changement (homéostasie et évolution) s’élèvent du bas vers le haut : le système s’autogénère à partir d’une coopération spontanément adaptative entre ses parties, pour un bénéfice général.

[…]

Il lui faut pour cela, en premier lieu, respecter et s’appuyer sur le ressort fondamental de l’être humain, qui constitue sa liberté et sa dignité : s’accomplir individuellement, dans et par l’interaction humaine, au service d’une cause co-construite qui transcende ses besoins égotiques pour servir positivement son système d’appartenance (l’humanité).

Pascal Gaillard, Kosmos (3) : un management résolument horizontal

Je vous invite à lire l’intégralité des articles relatifs à la création de cette entreprise (série non terminée) :

Il faudra que j’arrive à écrire ce type d’articles relatifs à scopyleft lorsque j’aurai un peu plus de recul. Mon marque-page actuel est celui d’Amnesty International sur lequel est inscrit :

Mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité.

Discussion suite à l’article :

Pour toutes ces entreprises qui servent de modèles, l’élément « suspect » est l’âge de ces entreprises, leur rentabilité (aka indépendance), l’âge de leurs participants et le nombre d’employés. Le travail coopératif n’a pas débuté aujourd’hui. Les années 70 ont eu aussi leur lot d’expérimentations. Et bien sûr avant aussi par cycle de sociétés où une masse critique de gens commençait à suffoquer.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas tenter la réalisation mais que c’est un très long de chemin, celui d’une vie. Et comme tu le dis s’engager à vie à plusieurs dans des choix qui sont en résistance au système, ce n’est pas simple.

GitHub qui vante les mérites d’une hiérarchie plate a reçu de l’argent de VC pour 100 millions de dollars

Pas simple, mais bon à réaliser.

Ah aussi Enough is Enough: A path to true prosperity

Karl Dubost, le 2013-03-03 à 12:54

La lecture de ton article me suggère deux remarques à chaud que voici.

Je ne sais pas si tu le suis, mais la question de l’un et du multiple est l’un des sinon le point central du cours de Bernard Stiegler de cette année consacré à La République de Platon (il est disponible sur pharmakon.fr). Je pense qu’au vu de tes réflexions, tu devrais le trouver très parlant. Tout l’art du compromis entre bottom-up et top-down est d’articuler la diversité avec l’unité venant d’un objectif commun.

De même ce problème d’organisation au sein d’une entreprise me fait penser à la question du couplage fonctionnel dans les architectures logicielles.

Le couplage fonctionnel peut se définir comme l’ensemble des hypothèses devant être partagé entre les entités interagissantes. Les exigences en matière de couplage faible ne sont pas les mêmes aux niveaux des objets, des composants et des services. Ces différents niveaux de couplage entraînent des différences dans leur pouvoir expressif, la nature des interactions et leurs capacités à s’adresser à un large public.

Benjamin Cogrel, le 2013-03-23 à 18:11