Médecine et politique

J’observe depuis le début de mon exercice professionnel, il y a 30 ans, l’exacerbation d’une dépolitisation de la corporation médicale face à l’évolution du monde. Les médecins se comportent et exercent (généralement bien, là n’est pas la question) comme s’ils étaient extérieurs et étrangers à ce monde et indifférents à l’Histoire. Dans la pratique quotidienne, les confrères peuvent vous mépriser si vous sortez de votre domaine d’activité d’élection, la médecine, pour prendre à votre compte le social, le juridique ou le politique. Vous commettez là une véritable faute professionnelle car la « neutralité bienveillante » reste un dogme (religieux) sacré. Et cette croyance vous permet d’incarner « le bien », depuis Nuremberg, sans qu’on n’ait jamais eu à vous enseigner l’histoire (de la médecine), le social, le juridique, le politique, la morale et l’éthique à la Faculté ! Or ne pas « faire de politique » et rester « neutre », c’est avoir au contraire, selon moi, une posture « hyperpolitisée » qui va dans le sens de renforcer les effets du pouvoir en place. Tout se passe comme si les médecins, aidés en cela par la société, n’appartenaient pas au même monde que leurs patients. Comment parler alors de l’angoisse, des ruptures, des pertes et de la mort avec eux ?

Avant-propos de Péché Mortel par le Dr Georges Yoram Federmann

Pour remettre la citation dans son contexte, son auteur s’insurge préalablement du silence fait sur les expériences médicales réalisées à Strasbourg par les nazis sur les détenus.

Ce qui m’intéresse dans son discours, c’est la notion de « neutralité hyperpolitisée ». Je me suis posé beaucoup de questions à ce sujet, ce qui m’a amené à ne plus voter depuis 10 ans. Aujourd’hui je remets cette position en question, je considère toujours la politique nationale comme étant une mascarade mais je pense qu’il y a des choses à faire au niveau local qui nécessitent une implication citoyenne qui ne soit pas neutre. J’ai envie de créer de l’opinion concernant la vie de ma cité.