David Larlet : artisan, contributeur et citoyen.


Archives du site biologeek.com. Publications récentes.

Du confort et de la crédibilité

J'ai lu avec intérêt les 140 commentaires chez Tristan qui s'attaque aux tabous écolo mais je suis malheureusement arrivé trop tard pour laisser le mien. Je voulais intervenir sur les deux points qui font à mon sens frein à une attitude plus vertueuse de l'Homme envers la Nature.

Notre rapport avec nous-même : le confort

Tant que les X% d'humains (X<20) qui vivent dans le confort (dont nous faisons partie) et qui polluent le plus n'arriveront pas à sortir de ce confort quotidien l'écosystème en souffrira. Et je ne vois pas comment cette situation pourrait s'inverser sans une guerre/révolution/<insérez votre trip> mondiale (qui ne changerait pas forcément le rapport de forces).

Notre rapport avec les autres : la crédibilité

Et là effectivement ça fait intervenir les valeurs citées dans le billet. Que ce soit pour de la séduction ou une affaire professionnelle vous allez avoir besoin d'être crédible et donc de répondre à certains critères de société. Or ces critères sont écologiquement coûteux à dessein (À ce sujet, le livre de Michel Serres « Polluer pour s'approprier » est très accessible et permet d'envisager l'écologie sous un autre angle.).

Quand vous discutez d'écologie, demandez-vous si vous êtes prêt à remettre en cause votre confort et votre crédibilité. Si non, vous pouvez vous arrêter.

Articles peut-être en rapport


Commentaires

melliflu le 17/08/2009 :

L'idée des enclaves riches qui vivent dans le confort protégées de tout a vécue, avec le remplissage du monde et les progrès des mesures, nous avons que tout est dans tout et tout circule, cad, vous avez peut-etre un iphone et la peau douce et parfumée, mais vous n'avez pas moins un drole de melange gazeux dans les poumons, des elements nocifs dits biopersistants dans l'organisme, une purée de toxiques dans l'estomac etc.

Damien B le 17/08/2009 :

"L'idée des enclaves riches qui vivent dans le confort protégées de tout a vécu"

Allez dire ça au paysan du Ningxia.

ropib le 17/08/2009 :

Il est certain que les révolutions ne se font que lorsque la situation n'est plus tenable pour personne. Certes on peut parler de rapport de force et d'exploitation, mais il s'agit d'une vision un peu restrictive. De plus hors période de révolution déclarée le monde ne s'arrête pas de tourner. Il y a une idéologie qui est véhiculée par bon nombre d'entreprises de communication (je ne parle pas de complot, simplement de multitude de stratégies orientées dans le même sens) qui voudrait que nous soyons arrivés au bout de l'évolution, aussi bien au niveau politique qu'économique. Mais il est tout à fait possible de faire évoluer le monde sans les innombrables tueries qu'impliquerait une confrontation directe entre riches et pauvres, si cette catégorisation a bien un sens d'ailleurs.

La révolution est en marche, notamment parce qu'elle perturbe les modélisations actuelles. La mondialisation, le changement de support médiatique, le dépassement de l'industrie par le spectacle, et la valorisation du symbolique sur le matériel sont évidemment de véritables ruptures. Evidemment il nous reste des représentations monothéistes qui ne se conçoivent qu'avant l'avènement d'un monde multipolaire, nous sommes encore contraints par des outils de mesure qui se situent sur des espaces que nous sommes déjà, dans la société civile, en train d'abandonner, et nous inventons des moyens de nous socialiser toujours plus en dépassant les capacités de maillage de nos systèmes sociaux. Il y a en jeu des forces tout à fait colossales. Et l'écologie, pas seulement comme rapport à la nature mais plutôt comme rapport au monde, comme organisation du rapport à autrui et comme généralisation du concept de ce qui est extérieur à soi, n'est pas qu'une alternative mais l'émergence de la prise en compte d'une contingeance qui nous prééxistait. Cette prise de conscience arrive-t-elle à temps ? La question n'est pas là mais plutôt de savoir ce que nous allons, collectivement (forcément), en faire. Notre époque est évidemment une chance et une malchance en même temps.

Guillaume le 18/08/2009 :

J'essaie, à mon échelle, de me restreindre. De ne pas accumuler d'inutile. De ne pas vivre dans le luxe. Cependant, suis-je prêt à renoncer à mon confort ? A mes passions ? A mes loisirs ?
Malheureusement, pas encore.

Difficile de trouver un sens à sa vie lorsqu'on s'éloigne du modèle "réussite sociale" à base de maison et de voiture(s).

A vrai dire, je suis perdu.
Perdu, car je n'arrive pas à me détacher de ce qui créer un pseudo-bonheur.
Perdu, parce que j'ai l'impression que de progresser dans cette voie me coupe des autres.

EmmanuelC le 18/08/2009 :

La notion de confort est très relative. Certains n'envisagent pas de passer du bain à la douche, du taxi au métro (exemples caricaturaux mais réels).
Et plus loin, pourquoi ne pas couper l'eau sous la douche entre deux coups de savon ? et plus loin encore : pourquoi ne pas revenir à se laver comme autrefois (il n'y pas pas si longtemps d'ailleurs), au tub, avec seulement quelques litres d'eau à porté de main ?
L'exemple de la douche n'est pas anodin car on touche immédiatement aux limites d'endurance du corps, au plus proche de soi ; la notion du confort devient palpable !
Ces façons de faire peuvent paraitre entamer une forme de confort quotidien, elles peuvent aussi signifier un certain art de vivre !
Pour ma part c'est celui que je m'efforce de mettre en application chaque jour un peu plus.
... bon, ou vais-je trouver un tub maintenant pour être "crédible" ;-)

Tristan le 20/08/2009 :

@Biologeek : merci pour l'article. Tu parles de confort et de crédibilité.

Je crois en fait qu'il s'agit de confort matériel d'une part et de confort social ou moral (ce que tu appelles "crédibilité").

En substance, le fait de suivre les conventions de la société me procure un confort moral, tout comme le fait d'atteindre les objectifs que je me suis fixé quand j'ai grandi (objectifs dérivés des valeurs qu'on m'a enseigné).

@Guillaume/Giz404 : c'est tout à fait ça ! C'est pas tant le fait de se priver de biens matériels qui est douloureux, mais de se priver de ses rêves et de ses concitoyens. C'est exactement pour cela que je parle de tabous qu'il faut briser, car sans cela, on est malheureux car ce qu'on fait est socialement inacceptable...

ropib le 21/08/2009 :

@Guillaume

Je ne suis pas sûr que la "restriction" soit une solution. Tout d'abord c'est en effet les modes de reconnaissance sociaux qu'il faut changer, la bonne nouvelle c'est qu'ils changent un (tout petit) peu, la mauvaise nouvelle c'est qu'il ne peut s'agir que de phénomènes longs alors que le temps nous est peut-être compté.

Au sujet des loisirs, passions et autres, je ne suis pas convaincu que le renoncement soit intéressant. Il s'agit là de bons vieux réflexes cathos de mauvaise conscience. Or on sait parfaitement que c'est pas parce qu'on se fait du mal à soi, voire qu'on exige des autres qu'ils se fassent du mal en les y aidant quand même un peu, qu'on se sort des problématiques. Le dysfonctionnement d'un système n'est pas nécessairement dû à une corruption, elle-même ne découlant pas obligatoirement d'une perversion, elle-même encore pas ogligatoirement liée à un manque de contrôle de pulsions. Ce serait bien trop facile. Il est tout à fait possible, en tous cas c'est ma piste de réflexion actuelle, qu'en poussant toujours plus loin la société de consommation, ou la société du spectacle comme aboutissement, on se retrouve avec une véritable rupture cognitive. Si la consommation devient un flux constant alors notre relation à elle ne plus se limiter dans la possession de produit: nous, consommateurs-clients, devenons usagers de services. L'objet n'a plus de sens par sa vente mais par son usage, et il n'est plus possible de se débarrasser de la propriété comme c'est le cas actuellement, celle-ci est en fait distribuée (c'est ce qu'on peut remarquer si on observe par exemple la propriété terrienne sur plusieurs siècles, même si on a tout un tas de patchs et verrues pour se faire croire que rien n'a changé). L'industrie participe à ce phénomène en ayant soustrait toute signification à la production et en s'attaquant désormais à tout ce qui tourne autour (la vente devient distribution, et même diffusion). Nous sommes en fait en situation de sur-production depuis de nombreuses années. Par exemple on parle de recyclage des objets au lieu de parler de recyclage des usages par la fluidification des transferts de propriété. Nous possédons encore des choses parce que nous voulons avoir la certitude de pouvoir bénéficier du services qu'elles rendent, il est plus efficace de s'organiser pour que ce service soit simplement maximisé et garanti. Cette organisation collective qui apparait spontanément est encore bien souvent empêchée, voir déclarée illégale, au regard de nos métriques économiques encore basées sur la force de production et l'efficacité de l'exploitation... valeurs qui continuent d'être mesurées donc alors qu'elles n'intéressent déjà plus trop trop (disons de moins en moins, même s'il s'agit d'un phénomène long et qui ne peut apparaître qu'après le processus d'industrialisation a priori).

Bref la discipline individuelle est forcément un point de force pertinent, mais s'il n'est accompagné d'aucune restructuration culturelle les effets en sont très limités quand ils ne sont pas condamnés (le système économique fait de la pollution une valeur).

@Emmanuel
La douche se conçoit surtout au regard d'un rapport territorial à l'espace social (on pourrait parler aussi du costume-cravate mais la douche c'est beaucoup plus fort). Il y a des objectifs sanitaires derrière la douche mais il sont plus que couverts et donc ils sont loin de tout expliquer. A mon avis si on commence à revenir sur la douche on va se retrouver avec plus d'effets pervers que d'effets positifs parce qu'on va reterritorialiser les rapports individuels. Le bénéfice écologique serait alors négatif, enfin après il faudrait analyser la chose à fond hein. Repenser notre usage de la douche sans l'éliminer me semble plus pertinent. Ou alors on fait en sorte que les rapports sociaux soient moins physiques, fassent moins intervenir le corps, mais là les solutions techniques ne sont pas encore à la hauteur de la richesse des interactions que nous voulons avoir.

Damien P le 28/08/2009 :

Bonjour,

Intéressant échange. Je me sens concerné par la difficulté de passer du bain à la douche,exemple parlant.

Je me suis laissé aller ces dernières années à préférer un bain bien chaud et relaxant à la douche bien froide, vivifiante... et qui du coup est économie d'énergie et d'eau.

En fait, ce qui est bon pour soi est aussi bon pour l'environnement. Ce que nous appelons confort pourrait bien être ramollissement, une forme de dépendance et in fine nuisible à l'environnement et à notre santé.

Si vous avez comme objectif d'être libre, de renforcer votre endurance psychique et physique pour éviter le ramollissement alors certains changements comportementaux vont aller de pair.

Sous l'éclairage de ce but, pour pouvez être attentif et voir si vos gestes, actions et comportements sont alignés avec ce but pour en tirer tous les changements à opérer.

C'est la voie que je suis en train de prendre. Elle demande un effort de remise en cause... comme d’abandonner le bain. Quand certaines habitudes sont prises, pas facile d'en changer. C'est pour cela que savoir pourquoi, créer une forte intention, suivre un le but est un point d'encrage indispensable pour créer une forte motivation à changer.

valérie le 15/01/2010 :

Une question à se poser c'est peut être : est ce que mon comportement est "nuisible" dans ma manière de consommer, dans ma manière de vivre ? et d'essayer à partir de ses propres réflexions de minimiser ces nuisances...