David Larlet : artisan, contributeur et citoyen.


Archives du site biologeek.com. Publications récentes.

★ De l'avenir du web

J'ai écrit il y a bientôt deux ans « Le web arriverait-il a maturité ». Il est intéressant (et amusant !) de voir ce qu'il en est aujourd'hui. Certaines choses ont progressé dans le bon sens, d'autres pas mais il ne me semble pas avoir été totalement dans le faux. Aussi je vais essayer de réitérer l'exercice, les choses ayant bien changées depuis...

Je n'ai pas la prétention de traiter tous les sujets ni d'être dans le vrai, ce sont justes quelques idées à un instant t.

Anticipons

Ce qui va certainement arriver.

Agrégation de startup 2.0

Nous partîmes cinq cents et par un prompt buzz. Nous nous vîmes cinq mille en arrivant au crack.

Je suis peut-être un peu trop sarcastique concernant le Web 2.0 mais c'est la seule perspective viable à mon avis. Il faudrait arriver à des frameworks de services à la Google qui ne nécessitent qu'une seule identification pour de nombreux services de qualité. Pour cela, la solution est le rachat. Le problème étant que les startups brillantes (oui à force d'AJAX vous savez) ne sont pas pour autant assez fortunées (du moins avant d'être elles-mêmes rachetées) pour en racheter d'autres qui se négocient alors entre d'autres acteurs historiques qui ont les moyens. Les riches de plus en plus riches ? En quelque sorte oui. Cela ne va pas se faire rapidemment pour certaines d'entre elles car elles coûtent actuellement trop cher mais c'est inévitable. Aussi, si j'ai un conseil à donner à ceux (petits) qui veulent perdurer : regroupez-vous !

Spécialisation des services

J'avais au départ intitulé cette section « Vers des services plus accessibles » mais soyons honnêtes, tout le monde se fout de la fraction des défavorisés du net. De toute façon ils ne rapportent rien. Aussi, on va plutôt aller vers une spécialisation, très probablement avant l'agrégation. On ne dénombre plus les services qui sortent chaque jour et il faudra avoir encore un peu plus d'imagination demain pour pallier aux « manques » d'aujourd'hui. Lorsque chaque « nécessité » aura son service en ligne, il faudra ensuite rentabiliser chaque service. Et c'est là où le grand désenchantement va avoir lieu : utiliser gratuitement pourquoi pas mais devant le nombre de services disponibles seulement pour ceux qui sont essentiels. Et hop, merci pour le poisson, on se passe maintenant des services trop chers/inutiles/... Dans quelques mois, il va y avoir une extinction de services digne de la chute des dinosaures. Il reste encore quelques niches inexploitées qui peuvent encore être rentables, dépêchez-vous !

Rendez-moi un design !

C'est devenu trop simpliste. Aucune identité visuelle si ce n'est une ou deux couleur(s) dominante(s) par site dont on se lasse assez rapidement. Je pense qu'on va revenir à un design un peu moins épuré, voire à la personnalisation de celui-ci. Mais attention, pas au sacrifice de la simplicité et de l'ergonomie qui ont bien avancées grâce au 2.0 (au détriment de l'accessibilité mais je ne vais pas enfoncer le clou).

Rêvons

Je pensais que nous irions vers la virtualisation du desktop et nous y sommes presque. Mais aujourd'hui un autre enjeu, peut-être plus important encore pointe le bout de son nez.

Identification unique

C'est l'un des enjeux du web de demain. Quelle grande entité va réussir à être L'identificateur du web ? Et si c'était tout simplement moi, représenté par un nom de domaine...

Ce sont MES données

Pour élargir la réflexion de Karl au sujet des commentaires, pourquoi ne pas appliquer ce principe à toutes les données mises en lignes ? Par exemple pour les photos, prennons Flickr. Aujourd'hui, j'envoie mes photos sur leurs serveurs (enfin c'est faux mais c'est un exemple). Je les tague avec leur service et je suis presque obligé de les consulter par leur service (bon ok quelques geeks utilisent l'API mais bon). Si demain Flickr s'arrête :

  • mes données sont perdues ;
  • le temps que j'ai passé à les ranger est perdu avec (dans le cas où je conserve quand même les photos sur ma machine).

Ce qui serait l'idéal :

  • j'ai un espace en ligne redondant qui est même plus sûr que mon pc personnel en termes de sauvegardes (et je pense que ça ne sera pas difficile à vendre) et qui me garantit une pérennité de services ;
  • je classe mes données sur mon espace personnel ;
  • les services viennent récupérer si je le souhaite ces données pour les indexer.

Il est temps d'arrêter de faire le boulot à leur place. Depuis quand est-ce qu'on doit pinguer pour se faire indexer ?

Les limitations sont :

  • le coût de l'hébergement mais ça baisse vertigineusement ;
  • le fait que l'indexation de mes données ne rapporte presque rien à l'indexeur (enfin il y en a qui se portent bien) ;
  • la méthode pour classer les données de façon pertinente et standardisée.

Concernant ce dernier point, il existe pourtant une solution :

Classer ses données sémantiquement

Pour classer ses données autrement qu'avec de simples mots-clés, le RDF est tout trouvé... mais complètement ignoré des services/moteurs jusqu'à présent. Sans compter la complexité d'utilisation pour le commun des mortels. Même si de nouvelles interfaces sont mises en place, je doute de l'ergonomie du remplissage d'une quinzaine de champs pour une donnée. Du coup on parle de plus en plus de microformats. Et je dois dire que je n'accroche pas non plus. On peut lire :

Conçus initialement pour des humains et ensuite pour les machines, les microformats sont un ensemble de formats de données, simples et ouverts construits sur des standards existants et largement adoptés.

D'accord pour le principe mais si c'est conçu pour des humains, il va falloir revoir beaucoup de choses dans leur mise en pratique. Il ne devrait pas être nécessaire de connaître le XHTML pour classer ses données. Néanmoins un exemple concrêt est plus parlant. Certains voudraient rendre les tags plus sémantiques en ajoutant des #context, et dans ce cas pourquoi pas un $date ou un &place ou que sais-je encore. Attention à ne pas tomber dans le piège de l'apprentissage d'un autre langage (on a assez souffert du BBCode) mais il y a clairement de l'idée et ça devient humainement applicable.

Je suis en cours de réflexion là-dessus et je comprend la complexité et les enjeux. Un jour ce sera prêt, et ce jour là...

À données sémantiques, recherche sémantique

Les moteurs de recherche ont intérêt à s'y intéresser de près ! Même si LE moteur de recherche pense que les utilisateurs sont trop stupides pour les utiliser, cela arrivera. Et il faudra être prêt si les concurrents sont déjà dessus car les recherches deviendront beaucoup plus pertinentes. Sans compter le gain niveau indexation : lorsqu'on arrivera au même niveau de pertinence avec 10 fois moins de machines grâce à la sémantique, même Google y réfléchira à deux fois. Malheureusement, comme tout nouveau système, l'âge d'or ne va durer qu'un temps et les moyens détournés vont vite rattraper leur retard...

Déprimons

Car le web, c'est surtout l'empire du sexe, de la publicité et de la traçabilité.

Répression

La loi DADVSI est passée aujourd'hui. Qu'en sera-t-il demain ? Je pense qu'il y a du soucis à se faire, la démocratie n'ayant souvent pas trouvé de terrain de dialogue au sujet de ce nouveau continent qui ne devrait pas, de ce fait, être géré par des lois nationales mais par une nouvelle institution plus adaptée. Et surtout plus à même de comprendre les problématiques soulevées.

Modération

2006 devait être l'année des wikis. Ça ne me semble pas être le cas, même si Wikipedia est toujours une réussite. Une raison bien simple est l'avancée technologique des spammeurs qui ont me semble-t-il rattrapé leur retard. On va donc passer à la modération a priori (si ce n'est pas déjà fait comme ici à mon grand regret). Le web espace d'ouverture et de participation devient un énorme panneau publicitaire, c'est beau la technologie.

Détournement

On peut penser, comme Bernard Werber, que la sur-information est une sorte de censure. Ce qui est certain c'est que le nombre de données croît, un peu plus chaque jour. Il faut donc actuellement utiliser des filtres pour recueillir une information synthétisée et pertinente. C'est normalement le cas des digg-like (spécialisés, sinon ça ressemble un peu trop à la presse people). Mais jusqu'à quand ? Pour l'instant chacun y va de son gentillet petit « spam » égocentrique mais lorsque ça devient aussi conséquent qu'une influence sur le cours de la bourse, les techniques de spammeurs vont devenir un peu plus finaudes (Netscape propose de payer les newseurs publiquement mais que se passe-t-il en sous main ?). J'espère être pessimiste sur ce point. L'avenir nous le dira.

Conclusion

On rêve tous de devenir millionnaire paresseux et le web peut être un moyen d'y parvenir. Il suffit de savoir anticiper et s'adapter un peu plus rapidement que dans d'autres secteurs.

Les deux axes majeurs de réflexion pour demain sont l'identification unique et la sémantisation des données. La première ne devant pas tomber dans le piège de la perte de nos libertés et la seconde devant motiver les développeurs d'outils tout en déjouant les publicitaires peu scrupuleux. Comment dit-on déjà ? Yapluka ! :-).

[edit] : coïncidence troublante, la publicité pour Darty du berger vient de réapparaître dans le métro... quel engagement pour le développement durable ! Ils recyclent même les pubs maintenant :-).

[edit du 10] : un article intéressant sur le web sémantique et son application possible dans l'entreprise.

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Commentaires

neolao le 08/08/2006 :

on parle d'identité numérique sur www.fredcavazza.net/index...

je sais pas si t'as lu

Bader le 08/08/2006 :

J'ai l'impression que les problèmes soulevés existent depuis belle lurette.
Pour l'identification multisites les solutions existent déjà, il manque le déploiement et l'émergence d'une ou plusieurs solutions parmi la multitude... Le mieux serait que ce soit un standard IETF mais bon, on peut toujours rêver. Il existe donc déjà OpenID, LibertyAlliance, Microsoft Passport, Google Account, Identity et bien d'autres...
Pour le partage des données personnelles avec authorisation il faut déjà que le premier soit déjà en place.
Le fait que tes données t'appartiennent et qu'en même temps elles soient stockés sur un serveur distant entraîne de fait un tiraillement et un semblant de contradiction. L'entreprise qui stocke tes informations a intérêt à les exploiter, Google le fait déjà dans gmail en proposant de la pub "adaptée", et l'utilisateur lambda s'en tappe complètement tant que ça conduit pas à ce que n'importe qui puisse tapper dans son compte (y a en gros que les geeks et les juristes qui se préoccupent de la confidentialité de leurs informations).
Perso en voyant l'arrivée des tags, et la démonstration de leurs limites, j'en suis arrivé à la conviction que pour arriver à la bonne solution il faut passer par des solutions intermédiaires rudimentaires et peu satisfaisantes qui ne font que répondre à un besoin mais surtout à un désir...

xavier le 08/08/2006 :

"Ce sont MES données", "Classer ses données sémantiquement" : j'approuve totalement. Le modèle de plate-forme "web 2.0", qui se veut entièrement centralisé, n'est par eseence pas pérenne, car il ne correspond pas au modèle de "la vraie vie" : faisons-nous tous développer nos photos chez le même photographe ? Ecoutons-nous tous de la musique achetée dans le même magasin ?

Clairement, on recherche avec le web des échanges et des effets "communautaires". Faire cela bien, cela passe par :

- rendre leurs données aux utilisateurs en leur permettant de les stocker chez eux, d'en faire ce qu'ils veulent, et de leur en laisser l'entière maîtrise.

- pour cela, leur fournir des applications puissantes et aisément installables sur leur propre serveur

- rendre possible des connections entre ces plate-formes, et proposer des moyens de recherche/navigation unifiés, quelquesoit la plateforme.

- en finir avec cette mode de pseudo-ouverture liée aux APIs de recherche proposées par les différents services. Ces APIs sont surement une bonne idée, mais il leur manque un caractère "universel" : d'un fournisseur de service dans un domaine donné à un autre, aujourd'hui, les APIs de recherche changent, et c'est bien normal, puisqu'elles sont pensées sans concertation. Adopter RDF, par contre, permet de mettre tout le monde à un même niveau en terme d'accès à l'information, et permettrait surtout de développer des outils de recherche capables de prendre en compte tous les services d'un coup. Si flickr et picasa proposaient des exports des galeries photo utilisateurs en RDF (par exemple, dans le format proposé par google : my.opera.com/community/xm... ), il serait possible d'utiliser des outils génériques pour naviguer indifféremment sur les galeries de l'un ou de l'autre.

Pas sûr, cependant, que ces différents fournisseurs dont nous sommes les vaches à lait y trouvent leur compte...

David, biologeek le 08/08/2006 :

@neolao : merci pour le lien, j'avais enlevé Fred de mon agrégateur pour cause de pollution2.0 ;)

@Bader :

> Le fait que tes données t'appartiennent et qu'en même temps elles soient stockés sur un serveur distant entraîne de fait un tiraillement et un semblant de contradiction. L'entreprise qui stocke tes informations a intérêt à les exploiter[...]

Non ! Je veux payer pour un service qui me permettra d'avoir un espace distant « sécurisé ». Et uniquement pour ça. Après il y aura les services gratuits... tout dépend du niveau de confidentialité/monétisation de ses données que l'on souhaite.

@xavier :

> Ces APIs sont surement une bonne idée, mais il leur manque un caractère "universel"

Le W3C n'aurait-il pas un rôle à jouer là-dedans ?

Un lien pour prolonger RDF/Flickr : www.lespetitescases.net/s...

Bader le 08/08/2006 :

@David:
Je veux payer pour un service qui me permettra d'avoir un espace distant « sécurisé ».

Et bien ça existe déjà, le plus célèbre chez les geeks étant:
Strongspace www.strongspace.com/
Maintenant ça n'a que peu d'intérêt si les autres services webs ne s'y connectent pas pour déposer/aller chercher les données (seul Basecamp www.basecamphq.com/ l'utilise).
Je pensais plutôt à un espace de stockage incluant une forme d'ontologie de gestion de données personnelles.

syle le 06/09/2006 :

Dans le même registre, le projet Xanadu

17 principes dont 2 permettent la facturation des fournisseurs de services et des auteurs.
Tout est sécurisé ( stockage , identification , transaction ).

fr.wikipedia.org/wiki/Pro...

Creation sites internet dijon le 04/11/2010 :

Internet n'a pas fini d'évoluer. Nous allons vers le développement d'un réseau global sans limite. Certes les frontières n'existeront plus mais la vie privée sera elle de plus en plus menacée. Et comme le dit Bader je ne pense pas non plus que ce phénomène date d'aujourd'hui !