Hommes


Finalement, la misandrie est un principe de précaution. Après avoir passé tant de temps à être au mieux déçues et au pire brutalisées par les hommes — d’autant plus après avoir absorbé la théorie féministe qui articule le patriarcat et le sexisme —, il est tout à fait naturel de développer une carapace et de ne plus donner notre confiance à n’importe quel type qui passe par là et qui nous assure que si si, lui il est gentil. […]

Je n’ai encore jamais rencontré d’homme se revendiquant lui-même misandre, mais je crois que ça me ferait le même effet qu’entendre un homme se proclamer féministe. Les militantes féministes ont d’instinct un mouvement de rejet et un regard suspicieux à l’égard de ceux-ci. Nous sommes nombreuses à penser que les hommes ne peuvent pas être féministes, qu’ils n’ont pas à s’approprier un terme forgé par les opprimées. […]

Parce qu’il n’y a pas beaucoup d’autres solutions, et parce qu’en ayant ouvert les yeux sur la profonde médiocrité de la majorité des hommes, il n’y a plus vraiment de raison de les apprécier par défaut. […]

moi les hommes, je les déteste, pauline harmange

J’ai laissé passer la vague de critiques au sujet de ce livre court mais très dense. Je partage quelques extraits sans (trop de) commentaires.

Je constate que, derrière chaque homme un peu conscient de son privilège masculin, il y a plusieurs femmes qui ont beaucoup travaillé pour l’aider à ouvrir les yeux — et ça, ils ne sont pas nombreux à le reconnaître. Et je constate qu’il y a encore trop d’hommes dont les yeux sont désespérément, obstinément clos. […]

Si la misandrie a une cible, elle n’a pas de victimes dont on égraine le compte morbide chaque jour ou presque. […]

Les hommes qui choisissent le terrain de la raison, par opposition aux émotions, se placent dans une position d’autorité. Il n’y a que les dominants qui peuvent se permettre d’être raisonnables et calmes en toutes circonstances, car ce ne sont pas eux qui souffrent. Ne pas entendre les émotions d’un interlocuteur est un choix. Celui de ne pas vouloir comprendre leur origine, et refuser d’envisager qu’on puisse en être responsable. […]

Ce sont nos colères qui tiennent les hommes pour responsables de leurs actes et qui donnent de l’élan à toutes nos révolutions. […]

Ibid.

Je réagis tout de même à la note ci-dessous car c’était l’objet d’une discussion récente sur mastodon. J’aimerais tellement que l’on remplace l’expression « éduquez vos fils » par « comportez-vous en pères ». Ce que l’on montre est ce qui sera reproduit, n’essayons pas de reporter ce changement sur la génération suivante.

Il est possible d’agir ici et maintenant.

[Note au sujet de l’expression : « on n’est pas sa mère »] C’est marrant que cette expression revienne si souvent dans les récits de relations hétérosexuelles. C’est le cri du cœur de femmes qui font face à des hommes-enfants, incapables de se prendre en charge tout seuls, le rejet de ce rôle maternel qui n’a pas lieu d’être entre adultes mais que tant d’hommes recherchent. Mais c’est aussi une manière de reporter la faute sur la mère, qui aurait dû faire un meilleur boulot d’éducation. Quid du père ? Quid de l’homme adulte qui a les capacités de prendre des responsabilités ? […]

Les hommes voudront m’apporter des solutions, régler tous mes problèmes, rationaliser mes peines, quand bien souvent je n’ai besoin que d’une oreille bienveillante et d’une épaule sur laquelle pleurer. Je me demande parfois si cette tendance masculine à se poser en pourvoyeur de solutions — en sauveur — n’est pas une tentative, toute inconsciente qu’elle soit, de me faire taire. […]

Quand ils s’indignent de nos réunions féministes en non-mixité, ce qu’ils nous reprochent vraiment, c’est de nous regrouper en un corps politique où il n’ont pas voix au chapitre. Ce n’est en effet pas tant qu’on se rassemble entre femmes qui les choque : quand ce sont des clubs de tricot, des associations de mères ou des réunions Tupperware, rien ne pourrait moins les intéresser. Ce qu’ils ne supportent pas, ce qui les effraie même, c’est qu’on s’organise, qu’on s’assemble et qu’on forme une masse politique d’où émerge des idées et des plans d’action. Et qu’on ne leur accorde aucune importance.

Ibid.

Je pense que cette lecture est utile pour les hommes, quel que soit leur niveau de dé·construction. D’autant plus si le titre a pu vous choquer.

PS : j’ai trouvé très distrayante la ligature entre le « s » et le « t » sur l’édition par le monstrograph. Un exemple des ligatures discrètes dans les photos par ici (merci emmanuelc pour la référence).